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Analyse du document « Schéma paysager éolien, juillet 2009 »

Introduction

Fin juillet 2009, la préfecture de l'Aisne mettait sur le réseau le document cité en titre. Il s'agit d'une étude demandée à un cabinet de paysagistes ayant déjà travaillé dans le domaine de l'implantation d'éoliennes, sur une grande échelle.

Cette étude avait pour but de préciser quels peuvent être les critères de jugement des pouvoirs publics en ce qui concerne la prise en compte des paysages dans un moment où foisonnent les projets de ZDE sur l'ensemble du territoire axonais. L'étude comporte un aspect bilan des parcs éoliens déjà construits et des jugements sur la pertinence de parcs en cours d'instruction au niveau du Permis de Construire. L'on ne travaille plus tout à fait dans le vide, comme cela l'était lors de l'élaboration du « Schéma éolien 02 » durant l'année 2004. Nous possédons un certain retour d'expérience.

Nous faisons une analyse de ce document important à plusieurs titres, dont, en particulier, la détermination de lignes directrices pour les décisions concernant le développement à venir.

Analyse

Remarque introductive

Le bilan que fait l'étude sur la globalité des parcs construits et/ou acceptés est plutôt négatif : covisibilité importante avec des monuments classés, risque de mitage, inadaptation de la position des éoliennes dans les paysages vallonnés (écrasement des dénivellés, champs visuels détruits...).

Solutions proposées

On notera le souhait d'éviter un mitage généraiisé du paysage, tel qu'il se dessinait avec l'accumulation des projets. Ceci est obtenu par l'intermédiaire de deux notions qui sont :

  • l'intervention de « pôles de densification » réunissant plusieurs petits parcs,
  • la notion de « distance de respiration » entre pôles, allant de 10 à 20 km en fonction de la hauteur des éoliennes envisagées (100 à 150 m). Ces pôles doivent par ailleurs se dessiner en respectant, en soulignant même, les « axes de structuration ».

Bien sûr de nombreux paysages apparaissent à préserver : paysages emblématiques (Laon, grandes forêt, Fantômes de Landowski, Coucy le Château) ; les paysages de vallée (Oise, Aisne, Marne, Ourcq... avec leurs zones tampons), les monuments classés et leurs cadres (il est difficile de concilier les églises fortifiées de Thiérarche et la présence des parcs industriels éoliens). Les paysages sensibles (ceux de l'Orxois, par exemple).

Eoliennes de Hautevesnes (02),
vues depuis la vallée du Clignon
Charly-sur-Marne (02),
un "pôle de densification" possible

Tout compte fait, la carte des possibles apparaît limitée. Mais l'important pour le donneur d'ordre (la préfecture) est obtenu : il existe, aux yeux du cabinet d'étude, quelques zones de développement possibles. Par exemple : au nord de la vallée de la Marne (bordures du Tardenois et de l'Orxois), et vers l'Epine au Bois... en ce qui concerne le sud, plateaux du Marlois pour le nord, écharpe St-Rémy Blanzy, Vierzy, Cutry au sud-ouest de Soissons.

Critiques de V&P

L'apparition des zones tampons dédiées à la « respiration » apparaît révéler le fait que, finalement, le paysage éolien n'est pas un paysage. Il n'est qu'à regarder les photos montrant les paysages ante et celles contenant les éoliennes en place. Les points précisés ci-dessous sont donnés très brièvement :

  • pas de remise en cause générale sur le fond (le pourquoi du projet éolien). Bien sûr cela ne faisait pas partie du cahier des charges ;
  • pas de remise en cause sur les aspects autres que paysagers. La charte 02 se voit donc complétée par le schéma paysager qui révèle une certaine cohérence. Mais … 500 m des habitations, perte de valeur des habitations ... tout cela n'entre pas en ligne de compte.
  • pas d'interrogation sur l'aspect important du paysage “mobile“. Le facteur « rapport d'échelle » qui amène le cabinet à refuser certains sites, à s'interroger fortement sur d'autres, à choisir finalement quelques zones de densification, oublie ou cache qu'un élément mobile dans le paysage, en ligne directe de la visée ou sur les bords du champ visuel des observateurs interpelle le cerveau et force la mise au point. Nous pensons que ce côté n'est pas assez souligné. Au lieu de structurer un paysage les parcs éoliens (nous en avons vu maintenant un grand nombre) détruisent la notion même de paysage.
  • oubli total des éclats lumineux marquant la position des éoliennes tout au long des nuits. Il s'agit là d'une transformation brutale, détruisant le paysage nocturne, peut-être rarement recherché par les habitants des villes, mais là aussi cadre de vie des ruraux.
  • pas d'explicitation des critères des lieux retenus d'où l'on peut juger un paysage. Un exemple, la critique concernant les éoliennes de Charly tient surtout au fait que l'axe du parc est perpendiculaire à l'axe de la vallée de la Marne ; sinon le cabinet place ce site dans une des zones de densification possible, assez loin de la vallée (depuis Romeny, on ne voit pas les éoliennes), assez reculées pour que l'éventuelle vision depuis le fond de la vallée n'écrase pas le paysage – rapport d'échelle entre les dénivellées des coteaux de la Marne et la hauteur des éoliennes. On s'interrogera sur le fait que la densification proposée (trois zones suggérées entre Charly et Villers-Agron) vise un type de paysage doux, à faibles dénivellées, assez loin des paysages de référence ou ceux éliminés pour cause de covisibilité avec des lieux classés ou protégés (nous pensons ici à la partie du Tardenois en regard des Fantômes de Landowski, paysages de cultures [patûrages, champs] et bois). La focalisation des projets sur ce type de zone revient à une destruction de la notion de paysage d'un type particulier, transition entre paysages emblématiques ou paysages classés, … paysage banal, en deux mots.
  • pour finir, ce point : le paysage ne concerne pas que l'hôte de passage, très momentané parfois (utilisateur de l'autoroute ou de la ligne de chemin de fer) : mais bien plutôt le visiteur piéton ou cycliste… et l'habitant. La notion de paysage est intégrée consciemment ou non dans les références au cadre de vie et d'environnement et, ce, pour tout un chacun. Il est fort possible que certains urbains (nous en connaissons) n'accordent aucune importance à cette notion, ne retenant de la vie que la curiosité associée à la culture intellectuelle ou à l'activisme sportif ou mécanique. Le document ne s'interroge que très peu sur les raisons de rejet, croissant, des parcs éoliens. Il se veut « objectif » quant au jugement paysager.

Remarques

On notera que V&P s'est penchée au moment des enquêtes publiques sur un certain nombre de projets avec beaucoup d'attention : Ambleny, Vauxéré, Hautevesnes, Neuilly-Monnes, Chézy en Orxois-St Gengoulph.

Au niveau paysager V&P était fortement réticente pour Vauxéré, Neuilly-Monnes, Chézy... jugement repris dans le dossier Boccage.

On notera que pour le cas de Hautevesnes notre critique portait aussi sur cet argument... et en plus sur les aspects paysagers que s'apprêtait à subir la commune voisine (Courchamps) : jugement sur un paysage de longue portée (cf la vallée du Clignon vue de son extrêmité Est) et le jugement sur le paysage proche – ne parlons pas de la visibilité vue du territoire des USA (le Bois Belleau).

Au moment où la Champagne (et la Picardie ?) œuvre pour le classement des « Paysages du Champagne » au patrimoine mondial de l'Unesco il serait fortement conseillé de prendre toutes précautions pour les sites éventuels du Tardenois sud. Charly est un mauvais exemple.

Ceci ne lève pas les difficultés générales recensées dans la partie précédente. En dehors de l'insertion locale (les habitants de chacune des communes sont à respecter), la disparition des paysages peu marqués mais doux à la vue est critique. La conservation de l'environnement naturel ne peut se concevoir localement en protégeant simplement l'emblématique.

Il est symptomatique qu'une étude portant sur le paysage, reconnaissant que les impacts de l'éolien industriel sont importants (éviter le mitage, introduire des distances de « respiration »…) ne s'interroge nullement sur la nécessité de mesures compensatoires au titre des paysages.

Quelles mesures peuvent bien prôner les promoteurs, au niveau individuel sur tel ou tel site, ou, plus généralement les pouvoirs publics au niveau départemental ou au niveau supérieur (région, régions mitoyennes) ? Vie & Paysages a manifesté plusieurs fois cette nécessité lors des enquêtes publiques ou même lors de l'élaboration de la charte ; il semble bon que des réflexions soient menées dans un cadre assez large au niveau de l'Aisne, au vu des développements observés.

D'une façon générale, le volet paysager d'un département ne peut s'arrêter au niveau du département, ou même de la région. Les sites proposés le long de la vallée de la Marne (Tardenois sud) en sont un bon exemple. On devrait ainsi s'interroger sur la brisure de l'homogénéité observée lorsque l'on franchit les frontières de la Marne et de l'Aisne en ce qui concerne le bâti. L'Aisne apparaît permettre un mitage rampant le long de la rivière qui disparaît en passant dans la Région Champagne-Ardennes. Une réflexion concernant les PLU des villages du champagne devrait être menée au niveau inter-régional afin de conserver un paysage homogène de qualité. Il ne peut qu'en être de même à propos des éoliennes.

D'une façon générale on ne peut se contenter de protéger une petite parcelle de pays, parce qu'elle est considérée comme emblématique, sans conserver son écrin de paysages banals qui prépare sa vision.