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Vie et paysages, dossier éolien, Assemblée Générale 2010

Historique

Le dossier éolien est apparu brutalement à V&P fin 2003. L'association s'est penchée activement sur le problème et a participé en tant qu'association consultée aux réunions de la préfecture ayant mené à la charte « éolien 02 ». V&P a apporté son point de vue à l'occasion de plusieurs enquêtes publiques.
Vie et Paysages a longuement réfléchi sur le sujet, à divers titres recensés plus loin. Elle dispose maintenant d'un retour d'expérience certain, compte tenu du nombre de parcs éoliens installés sur le territoire.


Certaines craintes exposées par l'association lors des enquêtes publiques sont assez rapidement devenues criantes pour les pouvoirs publics eux-mêmes, qui ont procédé à une mise à jour du dossier éolien axonais en utilisant les conclusions d'un cabinet paysagiste.
D'une façon pratique les dossiers futurs (ZDE, parcs d'éoliennes) seront jugés à l'aulne de cette étude qui est devenue la référence de la préfecture 02 en fin d'été 2009. Il s'agit pour les pouvoirs publics d'éviter en particulier le mitage du paysage issu de l'érection de trop nombreux sites. Il lui faut cependant tendre à respecter les plans prévus en ce qui concerne les puissances installées d'ici 2020. La solution retenue est alors l'apparition de pôles de densification séparées par des distances de respiration!

Etats des lieux

Fin 2009, 4300 MW étaient installés en France, soit un peu moins de 20% du plan initial (planification 2020). En décembre 2009, les éoliennes ont fourni environ 1,6% de l'électricité produite en France pour ce mois. A terme, l'on peut ainsi espérer 8% de l'électricité en France, participant aux 23% d'origine renouvelable que la France s'est engagée à produire (UE). On remarquera ici que ces 23% obligent les pouvoirs publics à agir : toute remise en cause partielle ou totale du programme éolien a ainsi un volet international certain. Cela fige les possibilités de manœuvre.
4300 MW correspondent à environ à 2500 éoliennes réparties souvent par groupes de 5 ou plus, jusqu'à plusieurs dizaines C'est dire que les populations - et les pouvoirs publics – ont un retour d'expérience. Ainsi sont signalés de nombreux impacts, dont certains (par exemple, les atteintes aux réceptions des ondes hertziennes) peuvent être réduits assez facilement. L'atteinte à l'avifaune, aux chiroptères… est la plupart du temps considérée comme négligeable (les populations humaines ne s'intéressent qu'assez peu au nombre d'oiseaux… les événements léthaux sont, sauf exception, assez rares [comparés aux dégâts que causent les systèmes de transports : route et fer]). D'autres impacts sont inhérents à la structure même du programme, provoquant ici et là, et de plus en plus souvent, les réactions des populations riveraines, ou même lointaines. Parmi ces impacts, notons

  • les nuisances sonores,
  • les atteintes aux paysages (aspects visuels divers)
  • (corrélativement) les pertes de valeurs de maisons ou de terrains à bâtir, pertes de qualité de vie.

Ces impacts (ou certains de leurs aspects) sont soit niés soit minimisés dans les discours des promoteurs de l'énergie éolienne [promoteurs et certains défenseurs systématiques].

Remarques et questions sans réponses

En introduction aux remarques suivantes, on notera que l'association V&P a refusé pour l'instant, sous bénéfice d'inventaire, de prendre une position tranchée sur l'énergie éolienne (pour ou contre). Elle a participé aux discussions autour de la charte de l'éolien 02, au risque de paraître pour certains une caution de « verdissement » (greenwashing) des actions des élus [communauté de communes, préfecture…]. Elle juge non négligeables les 8% d'électricité à terme et trouve malvenues les critiques argumentées à partir de la mise en cause du réchauffement climatique [arguments malheureusement trop souvent utilisé par les associations anti-éoliennes].
D'un autre côté elle estime normal son droit de critique vis à vis de certaines conclusions de pouvoirs publics (état, région, services et agences publics) ou d'associations environnementales puissantes, appliquant pour des raisons légitimes peut-être, mais généralisant trop souvent à l'emporte pièce des arguments identiques pour l'ensemble de la planète.
Reprenons les impacts mis en exergue plus haut.

  • Nuisances sonores : Vie et Paysages trouve lénifiants les appels à une simple échelle des bruits pour juger du ressenti des habitants riverains aux nuisances faibles ou fortes, mais parfaitement signées. La référence à la loi sur les Bruits de Voisinage, législation française s'appliquant à ce cas, est assez contraignante mais est au pire mal appliquée, mais est sans doute inadaptée [par exemple, en dessous de 30 dB(A) il n'y a aucune nuisance]. Il n'est pas normal de trouver des argumentaires portant sur l'aspect subjectif et individuel du ressenti au bruit, pour botter en touche.
  • Atteintes aux paysages : l'étude diligentée par la Préfecture 02 a mis en évidence des défauts patents de certains sites (éoliennes écrasant le paysage : disproportion entre la vision des dénivellations naturelles et celle des machines, mitages de certains paysages). D'où les propositions de l'étude concernant l'attitude que doivent avoir les pouvoirs publics quant à leur décision vis à vis des ZDE et des futurs parcs : pôles de densification et distances de respiration.

Vie & Paysages considère que ces pôles de densification sont prévus sur des paysages banals qui font eux aussi partie de la richesse et de la diversité des paysages français : ils servent en particulier d'écrin aux paysages emblématiques ou « sensibles ». Les territoires et les habitants concernés ont droit à tous nos égards. Il est inutile de servir de l'aspect subjectif de la beauté d'un éolienne relativement à celle d'un paysage existant. L'éolienne, élégante, devient l'élément essentiel du cadre de vie. Ce sont les parcs qui deviennent habillés par les éléments du paysage antérieur ; les éoliennes ne s'intègrent pas dans un paysage (une crête n'a pas vocation à être structurée par un alignement de machines) : elles le définissent.

  • Un argument souvent rencontré [cf. les dossiers d'enquêtes publics et, même, les documents de l'ADEME] concerne le fait que dans nos régions il n'y a plus, à peu de chose près, de paysages naturels. L'« homme » y a procédé à maints changements, tout au long des millénaires. C'est vrai sur une grande partie du territoire (même les zones reboisées au long du XXème siècle ne sont pas des fôrêts primitives) ; ce ne peut être un argument pour une brutale invasion sur la totalité du territoire d'une nuée d'artefacts élégants dont la vision s'impose à courte, moyenne et longue distance. Les paysages que nous ont laissés nos grands-parents bénéficiaient d'une certaine harmonie, imposée par la nature. S'y retrouvait aussi une diversité, effacée par l'uniformisation des parcs éoliens.
  • Un autre aspect d'ordre paysager est totalement ignoré, à savoir le mouvement des hélices. Il s'agit là d'un aspect sournois qui s'impose à l'homme (accessoirement aux animaux) ; le mouvement régulier, d'une ou plusieurs machines, dans le champ de vision de l'observateur hors même de la direction d'observation détruit la notion même de paysage, cadre naturel ou urbain, fixe – et reposant - hors cas très particulier (les chutes d'eaux sont-elles des paysages ou des curiosités que le touriste s'en va admirer momentanément ?).
  • De même sont totalement oblitérés les éclats lumineux marquant la position des éoliennes tout au long des nuits. Il s'agit là d'une transformation brutale, détruisant le paysage nocturne, peut-être rarement recherché par les habitants des villes, mais là aussi cadre de vie des ruraux.
  • On notera pour terminer sur ce volet “paysage” que les mesures compensatoires [chapitre obligé de tout dossier d'enquête publique] ne portent jamais sur le paysage, sauf à planter quelques arbres, améliorer un chemin de randonnée ou deux, cacher pudiquement le poste de raccordement électrique. Or le paysage touché est incommensurable au territoire de la commune ou de la ZDE : en ce sens les mesures compensatoires se doivent être discutées au niveau du département ou de la région ; elles sont nécessaires au risque d'un appauvrissement de la diversité des paysages par une normalisation de type industriel).

Corollaires : la dépréciation du patrimoine immobilier dans les endroits où sont érigées les éoliennes est un fait. Certains terrains à bâtir sur des communes “accueillantes” tardent à trouver preneur. Que l'on ne puisse prévoir l'influence sur le long terme (après tout, certaines compensations financières que reçoivent les communes peuvent amener certains équipements rendant attrayants les lieux, malgré la présence des machines…) ne retire rien à cette constatation. Pendant ce temps, des habitants des communes proches des machines modifient leurs itinéraires de promenade pour échapper à l'emprise des éoliennes sur leur champ de vision.

Propositions

Une association de défense de l'environnement n'a pas à faire siens a priori les impératifs que se sont fixés les pouvoirs publics. La contribution à la limitation de la production des gaz à effet de serre (GES) peut bien sûr s'effectuer par le développement de l'éolien, mais chacun a le devoir de s'interroger sur l'efficacité réelle de ce moyen au regard des besoins.
Il est admis que l'éolien industriel ne peut avoir qu'une influence faible sur la diminution des GES. Son avantage est d'être mâture, simple à mettre en œuvre [en gros, il suffit de payer]. On peut néanmoins s'interroger sur sa légitimité : les sommes, considérables, n'eussent-elles pas été mieux placées dans d'autres voies de réduction des GES, ou de résolution du problème énergétique qui se profile. Miser sur la sobriété énergétique (résidences, déplacements) est sans doute préférable. Il apparaît aussi que la mise en œuvre de cette sobriété est en même temps source d'emplois (intermodalité, rénovation).
En ce qui concerne l'éolien notre demande est assez précise : il nous faut obtenir le “suivi” qui était prévu dans la charte de l'éolien 02. Ce suivi demandé par Vie et Paysages n'a été activé qu'une fois, un an après la promulgation de la charte, avant que le département n'ait eu assez de recul pour analyser les sites, qui n'étaient encore qu'à naître. Même si dans l'esprit de la Préfecture ce suivi ne concernait manifestement que les services de l'état, il paraît nécessaire de l'organiser avec les associations et les riverains des sites éoliens actuels.

  • En ce sens l'année passée à promouvoir et étudier, de façon tronquée, le volet paysager a été une année perdue. Elle eût pu être l'occasion d'un bilan du vécu à tous les niveaux. Cette concertation devient urgente.
  • Il faut aussi organiser le volet des mesures compensatoires de référence au niveau paysager. Que peuvent être de telles mesures visant à équilibrer la dégradation des paysages ? Ce point nécessite une concertation immédiate.

L'absence d'une telles concertations ne peut que rendre l'association Vie et Paysages très réticente vis à vis des programmes éoliens qui se dévoilent ici ou là. Il s'agit pour elle d'un préalable.