| Greenfield SAS |
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Vie et Paysages participe depuis l'origine au Comité de suivi des effluents de l'usine à Château-Thierry mis en place par le Préfet de l'Aisne. Le 16 juin 2010 une réunion publique organisée par l'entreprise, à la demande de la Ville de Château-Thierry, a eu lieu, suite à une pétition d'habitants fortement incommodés par les odeurs persistantes et à l'arrêté préfectoral du 10 avril 2009, obligeant l'usine à tout mettre en œuvre pour cerner et limiter les nuisances olfactives. C'est l'occasion de faire le point. Historique
L'usine Greenfield a débuté son exploitation au milieu de l'été 1997. Sa montée en puissance a été lente, nécessitant un savant dosage de suivi environnemental (odeurs, gestion des eaux de rejets...) et de difficile gestion financière liée aux débouchés du produit final, à l'élimination des déchets et aux coûts de la matière première. Durant longtemps les exercices comptables ont été négatifs ; par exemple, les pertes équivalent en 2002 à l'ensemble de la masse salariale. Ce qui a mené à une liquidation judiciaire, soldée par une modification de l'actionnariat majoritaire : des papetiers canadiens (Cascades) et danois (Dalum Papir). Puis un rachat par le papetier Arjowiggins, ajoutant au portefeuille de ce papetier important un site "vert". Le comité de suivi de l'usine comprend, outre les représentants de l'administration (DREAL, DDASS, Agence de l'eau...) des représentants d'associations s'occupant d'environnement, de pèche...
But
Le but de l'entreprise est en soi "noble" : participation effective à la solution d'un des grands problèmes de notre société de consommation. Il s'agit de recycler du papier. La particularité de l'usine Greenfield, par rapport à de nombreux sites de recyclage, est ici la production d'une pâte à papier d'un blanc de haute qualité, dont sont friands les européens et, ce, à partir des monceaux de papiers de bureaux qui se déversent en permanence dans nos corbeilles de bureaux, en particulier. C'est ainsi que 600 tonnes par jour (t/j) de vieux papiers convergent vers l'usine et ressortent sous la forme de 400 t/j de pâte sèche. Sont aussi produits 400 t/j de déchets ; ce sont des boues de désencrage, produit comportant des matières minérales (charges des papiers blancs récupérés), des produits organiques (fibres de papier) et différents produits qui sont les encres de constitution assez difficile à préciser. Bien sûr une grande quantité d'eau est présente, issue du lavage intensif, sans produits de blanchiment ; ceci explique la différence de tonnage entre les entrants et sortants. FonctionnementL'usine tourne 24h/24, 365 jours par an. Quelques arrêts ponctuels pour des vérifications, des pannes... ou lorsque le prix de marché de la pâte à papier se trouve trop bas, au niveau mondial, rendant non concurrentiel le papier de recyclage. Les vieux papiers arrivent sur le site en camion, les pâtes repartent en camion ainsi que les boues, les boues de désencrage s'en vont vers les champs tirées par tracteurs... au mieux ils seront transférés sur rail, pour une petite part en gare de Château-Thierry. Un embranchement direct vers la voie ferrée en est au stade de l'Arlésienne. La voie d'eau (Marne) est citée pour mémoire... elle représenterait une possibilité, si la récupération en région parisienne se développait. Depuis la mise en place de l'épandage agricole (2002, 2003) les boues, pudiquement renommées Calcifield, sont diffusées sur l'Aisne et l'Oise : 60000 t/a... par routes et chemins vers les bouts de champs. Le désencrage s'effectue par lavage intensif, sans produit de blanchiment. L'installation, impressionnante ("on visite", et c'est intéressant) utilise actuellement 3500 m3/j d'eau (volume en cours de diminution, avec respect, à court terme, des 3200 m3/j) qui sont en grande partie éliminés dans la Marne au niveau du pont d'Essômes : eaux "transparentes", respectant des normes supérieures aux normes nationales de l'industrie papetière. Comité de suivi (des effluents)Le Comité, présidé par le Sous-Préfet, se réunit trimestriellement, ... du moins si l'on en croit les présentations de cette usine propre, faites régulièrement dans différents organes de communication. En pratique, les soubresauts financiers et la mise au point du plan d'épandage (deux longues enquêtes publiques), ont amené, semble-t-il, un certain endormissement, au point que V&P s'est interrogé plusieurs fois sur la pérennité du processus de Suivi. Actuellement la périodicité est plutôt annuelle. Manifestement le processus de fonctionnement du comité de suivi n'est pas très au point : absence de fixation des dates des réunions à venir, compte-rendu très tardif sinon totalement absents… la découverte des documents écrits, soutien à l'ordre du jour, est faite lors de la réunion. Il faut espérer une amélioration. Gestion des déchetsA la lecture des tonnages recensés plus haut, on s'aperçoit que le problème de l'élimination des déchets a pesé dès l'origine sur l'entreprise. On reste assez étonné néanmoins qu'au début la voie normale d'élimination ait été la mise en décharge (démarrage en 1997, modification des mises en décharge en 2002). Une petite quantité de déchets considérés comme ultimes, issus des lavages du papier et boues de l'importante station d'épuration interne à l'entreprise partent en décharge. Le tonnage le plus important (environ 400 t/j - contenant plus de 40% d'eau) s'en va actuellement en briqueterie (isolation thermique) et surtout en épandage agricole. On remarquera que, d'une façon générale, les boues de papeteries sont considérées comme plus sûres que les boues de stations d'épurations des eaux urbaines. Cependant le processus industriel n'est pas défini pour sortir un produit fini "boue de désencrage" mais du papier. Ceci veut dire que ces boues reflètent les inconnues du papier récupéré et des encres d'origine (les encres sont souvent des secrets industriels). Cependant des arrêtés nationaux et préfectoraux permettent depuis longtemps l'épandage agricole et les arrêtés auxquels sont soumises les boues de Greenfield apparaissent plus stricts que les arrêtés usuels. L'usine a envisagé un temps l'homologation du "calcifield" mais finalement semble y avoir renoncé compte-tenu de l'impossibilité pratique de connaître totalement à tout instant le contenu des boues. L'épandage
L'intérêt des boues de papeteries repose sur l'argumentation d'un raisonnement simple. Le papier comporte en effet des charges minérales qui peuvent améliorer certains sols, et, par ailleurs, les fibres de papier sont directement issues du bois ; bois que dans la nature même l'on voit au long des années se transformer, après la mort de l'arbre, en un terreau permettant enfin de riches cultures.
Une société, la SEDE, est chargée de la totalité de la chaîne d'épandage... gestion statistique de la connaissance du produit en sortie d'usine, gestion statistique de la connaissance de l'évolution du produit depuis sa sortie d'usine jusqu'au moment de l'épandage... gestion statistique de l'évolution des sols qui reçoivent le produit... aides et conseils aux agriculteurs sur les amendements complémentaires. Travaillant en partenariat avec l'entreprise, elle s'inscrit dans le mode de fonctionnement très développé à l'heure actuelle de l'Auto-Surveillance. Des contrôles indépendants et inopinés sont organisés par les pouvoirs publics. Or, le rapport C/N de ce sous-produit est très élevé, nécessitant une connaissance soigneuse des contenus des sols en azote et un apport bien dominé de l'azote nécessaire au type de culture. Présenté comme devant être un piège à azote durant l'hiver, le calcifield est supposé libérer l'azote au bon moment, lorsque la plante en a besoin. On conçoit donc que la connaissance de la transformation du produit dans les divers types de sols est essentielle. Le risque encouru est la nécessité d'un apport supplémentaire d'azote, si un retard survenait, et donc un surdosage d'engrais supplémentaire avec les conséquences connues sur les systèmes hydrologiques. Nous terminerons cette partie en insistant encore sur la méconnaissance du contenu exact du produit. La recherche de l'innocuité d'un produit se fait par la détermination de la présence ou de l'absence de trace de produits dont la dangerosité est connue à l'époque de l'étude. Or c'est un fait que la liste officielle des produits dangereux (c'est à dire qui ont l'objet d'une étude) n'est qu'une faible partie des centaines de composés qui peuvent apparaître dans l'industrie et qui peuvent donc se retrouver, a priori en faible quantité, dans les boues épandues. C'est à dire que ces boues qui à l'heure actuelle sont introduites dans les sols et qui à l'heure actuelle sont affirmées comme non dangereuses selon les normes en vigueur, peuvent s'avérer reconnues comme douteuses, à plus ou moins long terme. Problèmes d'intégration, problèmes de développement durableUne usine se considérant œuvrer dans le cadre du développement durable - le recyclage est en général considéré comme tel - doit aussi s'insérer, en tant qu'usine (hors sa production) dans un cadre de développement durable. Son intégration dans son environnement humain ou naturel est donc un but non négligeable, en soi. Nous ne reviendrons que peu sur le raté de l'intégration paysagère, qui a ruiné l'élégance de l'ouverture de la vallée qui se découvre des coteaux environnants. S'y ajoutent les rotations logistiques sur une voie "express" inadaptée. Mais ce n'est pas forcément le seul aspect de l'omniprésence de l'usine. Les odeurs sont malheureusement connues depuis le début... comme dans beaucoup d'endroits le problème se découvre après... Dans les premières années les gestionnaires de l'usine se refusaient à reconnaître la paternité de l'odeur. Il n'en est heureusement plus de même actuellement.
En 2008, une pétition d'habitants de Château-Thierry a provoqué une réflexion au niveau préfectoral menant à un arrêté (10 avril 2009) obligeant l'usine à rechercher les sources d'odeurs à tous les niveaux et les moyens d'y remédier. L'usine Greendield a présenté le 15 juin 2010 sa méthodologie et les premiers remèdes lors d'une réunion publique qui s'est tenue à l'Hôtel de Ville de Château-Thierry. Il apparaît que l'usine s'engage dans le traitement, étape après étape, de différents points qui ont semblé sources des odeurs. Il apparaît aussi qu'à cette date les habitants présents à la réunion n'ont pas ressenti d'amélioration nette, certains ont même insisté sur le fait que les odeurs n'étaient pas seulement gênante (maux de tête, larmoiements, maux de gorges…). L'usine s'engage à poursuivre sa communication au fur et à mesure des essais et de la mise en place des solutions choisies. Plus subtile est la génération de bruits à longues distances que provoque la position de l'usine au centre de la vallée : le problème apparaît récurrent... il est souligné par diverses personnes se plaignant du bruit de ronronnement patent de nuit ou lors des matins des jours fériés, ceci en fonction des conditions météorologiques (en particulier du fait du phénomène d'inversion de température assez courant dans la cuvette qu'occupe Château-Thierry et ses environs). Des mesurages ont été imposés à l'usine lors de l'année 2007. Dans le rapport de l'APAVE il est signalé que l'émergence sonore, en particulier à longue distance, n'a pas été quantifiée compte-tenu de la nécessité de faire ces mesures lors de l'arrêt du fonctionnement de l'usine. On notera ici que ces mesures ne semblent pas avoir été effectuées antérieurement à la mise en fonctionnement de l'installation. Les bruits longues distances (basses fréquences) sont sensibles (bien que faibles) sur les coteaux de la ville. L'étude de l'APAVE a bien montré qu'en limite de propriété l'usine était sonore, bien que ne dépassant pas les règlements sauf en un point (ce qui aurait été corrigé) ; l'étude n'a pas été menée au niveau des habitations. Lors de la réunion du 15 juin 2010 certains habitants (et V&P) ont tenu a rappeler ce problème. Certains autres aspects mériteraient d'être analysés plus à fond. Calcul de l'empreinte écologique totale du papier recyclé, compte tenu de la logistique de la récupération, de la puissance utilisée en fonctionnement (10 MW électriques, plus du gaz naturel). Le bilan carbone est une nécessité ; il devrait être communiqué à tous ceux qui s'intéressent aux problèmes du développement durable. Tous ces problèmes imposent une vigilance certaine si l'on pense au fait que les constructeurs envisageaient initialement la possibilité de doubler la capacité de l'installation. |