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LA CONSERVATION D’UN BIOTOPE UNIQUE DE PELOUSE CALCAIRE : VERS UNE SOLUTION EQUILIBREE ?

 

Le Coteau de Chartèves et les pelouses calcicoles du sud de l’Aisne

texte communiqué à l’Assemblée générale de Vie & Paysages du 12 février 2011

 

orchidee charteves

Le coteau du Pseautier à Chartèves reste le dernier biotope remarquable encore épargné par la mise en œuvre des techniques viticoles intensives dans le sud de l’Aisne, région où l’on produit le vin de Champagne. Demeuré en friche depuis plus d’un siècle, il a vu ces dernières décennies, se multiplier les espèces variées, ce qui fait que l’on a pu un temps y observer 18 sortes d’orchidées sauvages, outre une faune remarquable et un sol riche en microorganismes, demeuré dans une composition antérieure à l’usage des pesticides.

Objet d’un remembrement contesté faisant une large part à la viticulture conventionnelle, ce biotope unique disparaîtrait définitivement si l’aménagement de cette colline telle que proposé était mis en œuvre.

Certes, il existe un projet de Réserve naturelle volontaire censée préserver les espèces présentes, mais il est considéré comme très largement insuffisant pour parvenir à son but. Il est aujourd’hui remis en cause du fait de l’évolution de la réglementation nationale et européenne.

 

Confronté aux protestations des associations de protection de l’environnement et de la Commune de Chartèves, M. le Préfet de l’Aisne a en 2010 commandité une étude visant à faire un état des lieux de la biodiversité sur les pelouses calcaires du sud de l’Aisne.

Une dizaine de lieux ont ainsi été répertoriés comme étant d’intérêt inégal. Toutes les conclusions parviennent à recenser le coteau de Chartèves comme la zone la plus remarquable, à conserver absolument et actuellement en danger. Par ailleurs, son rôle de pilier (« noyau ») fait que les habitats, situés à la croisée de plusieurs corridors écologiques aériens, assurent tout naturellement la multiplication des espèces, et ainsi la liaison avec les autres sites repérés.

A ce jour, la biodiversité a largement disparu dans la vallée de la Marne du fait de l’exploitation intensive qui induit de nombreuses autres catastrophes écologiques et inondations. Aucune perte de biodiversité n’a reçu à ce jour de mesures compensatoires.

Le coteau de Chartèves subit également les effets néfastes de l’enfrichement qui a déjà eu un effet réducteur sur la biodiversité. Des mesures urgentes de conservation deviennent indispensables (fauchage, pâturage…) pour que cette biodiversité ait une chance de prospérer et continue à faire la joie des nombreux amateurs de nature qui, dès les beaux jours, viennent observer ce lieu préservé.

Après la présentation de l’étude commanditée, trois scenarii ont été présentés :

N° 1 : ne rien faire, ce qui signifie qu’à terme la biodiversité s’appauvrira, tandis que les propriétaires viticulteurs ne pourront rien cultiver.

N° 2 : aménager le coteau tel qu’initialement prévu, ce qui signifiera également une disparition programmée de la biodiversité et son remplacement par des ouvrages hydrauliques de grande envergure.

N° 3 : élargir le périmètre de la Réserve pour prendre en compte les données démontrées par l’étude sur la faune et la flore et des habitats et modifier la délimitation de la Réserve de façon à mieux protéger les espèces et les habitats.

Lors de la réunion du COPIL du 20 Janvier 2011, M. P. Bayle, Préfet de l’Aisne, a synthétisé la situation et l’a analysé comme suit :

Scénario N° 1 : situation où rien ne se passe, la problématique demeure et tout le monde est perdant.

Scénario N°2 : situation de tous les risques: refus par les instances nationales d’accorder une dérogation à la destruction des espèces, contentieux divers, longs, voire très longs, situation bloquée, tensions sociales dans la région, risque d’image pour la profession viticole.

Scénario N° 3 : comportant une reprise du remembrement actuel et la mise à niveau du protocole d’accord de 1995, équilibrant les impératifs de la protection des espèces et du biotope, tout en facilitant des pratiques culturales de type bio, projet courageux, délicat, mais porteur de résultats, pouvant aboutir à une solution raisonnable.

Ainsi, le 20 Janvier 2011 M. le Préfet de l’Aisne a demandé aux parties en présence de travailler sur un projet qui tendrait vers le 3ème scenario, soit : revoir le périmètre de la Réserve pour l’élargir, revoir également les clauses culturales du protocole d’accord de 1995 pour autoriser un aménagement viticole permettant la conservation de la biodiversité, revoir les financements d’indemnisation à proposer aux propriétaires et annonce qu’en cas de désaccord durable (il s’est fixé un délai de six mois), c’est le juge de l’expropriation qui tranchera. Il ajoute que, seul un grand projet d’intérêt général comme l’installation d’une Réserve régionale pérenne pour la conservation et la protection d’un biotope pourra justifier ces mesures exceptionnelles.